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Le déséquilibre de la ration tue

En plus de rapports de taux anormaux, l’observation des animaux révèlera des signes de troubles digestif : seulement 25 % des vaches au repos qui ruminent, des coups de mâchoire par bol insuffisants, des diarrhées importantes et des pH urinaires en baisse.

La recherche d’une densité élevée de la ration des vaches laitières ne doit pas faire oublier les fondamentaux du métabolisme des ruminants.

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Au mois de juillet, nous sommes appelés dans un élevage de 180 vaches dont 150 à la traite pour un problème de mammites cliniques en série. Il s’agit d’un troupeau de races holstein, montbéliarde, brune et croisée, à environ 28 kg de lait de moyenne.

L’analyse bactériologique des laits et des documents nous permet de comprendre que nous sommes face à un contexte de mammites d’environnement, avec une dominance de mammites colibacillaires et une atteinte sévère de l’état général dans un certain nombre de cas. Or il n’est pas commun d’avoir des mammites colibacillaires à des stades de lactation avancés avec une atteinte de l’état général, sauf s’il y a une immunodépression du troupeau. Il est donc décidé de faire un bilan de troupeau et une recherche des facteurs d’immunodépression.

Diarrhées persistantes et inversion de taux

Tout d’abord, les tests PCR de détection de la BVD à partir de prélèvements d’oreilles de veau sont tous négatifs. La BVD est donc écartée et la ration est alors pointée du doigt comme facteur de risque majeur. Sur les contrôles laitiers de juillet et d’août, les alertes taux sont au rouge. En juillet, une alerte acidose importante : TB inférieur à 35 sur 26 % du troupeau, 36 % de taux rapprochés et 16 % de taux inversés. En août, cette fois une alerte cétose : plus de 8 % du troupeau avec un TP inférieur à 28 et 40 % de TB/TP > 1,25. Entre stress thermique et changement de fourrages, il faut dire que la stabilisation du troupeau n’est pas aisée.

Un excès d’amidon et de particules fines

Mais, en septembre, nous sommes de nouveau appelés pour une vache avec une diarrhée persistante depuis plus de cinq jours. Elle a perdu 2 litres de lait (27 au lieu de 29) et son niveau d’ingestion est en recul de plus de 30 %. La piste de la diarrhée infectieuse est rapidement évacuée en l’absence de fièvre et de toux. Mais celle de l’acidose ruminale est confirmée : 20 % du troupeau est en effet concerné par des taux inversés et plus de 40 % par des taux rapprochés, d’après les résultats du contrôle qui vient d’avoir lieu.

Malheureusement, l’expression clinique est plus impressionnante que l’inversion des taux : seulement 25 % des vaches au repos ruminent (contre 70 % normalement), les coups de mâchoire par bol sont insuffisants (50 au lieu de 60), les diarrhées sont importantes, plusieurs vaches ont très mal au ventre et carrément la tête dans la litière.

Même les pH urinaires habituellement au-dessus de 8 ont commencé à baisser, ce qui signe un début d’acidose métabolique chez certaines vaches.

Des lésions du rumen irréversibles

La ration papier à base d’ensilage de maïs et d’ensilage d’herbe fait apparaître un rapport concentré/fourrage de 58/42 %, alors qu’une ration normalement sécurisée serait plutôt à 40/60 %. Le tamisage de la ration fait apparaître un excès de particules fines et un manque de fibres efficaces offrant une grosse possibilité de tri. Malheureusement, ce dernier épisode a été fatal à trois vaches quelques jours plus tard.

Des autopsies ont été réalisées et nous avons observé des lésions ruminales irréversibles avec une fusion des papilles ou parakératose. Avec de telles lésions, le rumen ne peut plus fonctionner normalement et la vache devient une non-valeur économique. Deux des vaches mortes présentaient également des ulcères perforants de la caillette, ulcères responsables de la mort et secondaires aux problèmes alimentaires.

Heureusement, la majorité du troupeau a bien répondu à la mise en place d’une nouvelle ration contenant beaucoup moins de concentré : les TB ont remonté, l’urée s’est stabilisée sous les 300 g/litre, les leucocytes sous les 200 000/ml et le troupeau est beaucoup plus serein. Reste désormais à ajuster progressivement la ration pour emmener les vaches de 27 à 30 litres de lait par jour de moyenne. La santé de la vache est dans son rumen et il ne faut jamais oublier qu’il est finalement assez fragile.

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